Nouveau !

Allez sur mon nouveau site sur Alexandre Dumas et ses oeuvres et n’hésitez pas à vous abonner !

www.dumas-legacy.com

D’Artagnan est de retour !

Gentes dames et damoiseaux, après des années d’absence (mais non pas d’oisiveté), moi, Gascon de mon état, je resurgis du néant pour entreprendre un périple, que dis-je ! un voyage fabuleux sur les terres de mon modèle historique, Charles de Batz-Castelmore !

Je vais flâner et découvrir moults lieux de Gascogne ayant porté les pas de mon héros.

la statue des trois Mousquetaires à Condom (Gers, France)

Pour vous mettre dans le bain, voici le lien du musée d’Artagnan de Lupiac ainsi que le site de l’association de la ville. Découvrez également la très active Compagnie des mousquetaires d’Armagnac.

Enfin la mise en ligne !

Aujourd’hui, 1er avril 2011, mon blog devient enfin public.
Et ce n’est pas un poisson d’avril…

Outre ce poisson mousquetaire que j’ai le plaisir de vous montrer, j’ai également mis en ligne la vidéo que j’ai réalisé spécialement pour ce blog.

C’est une entrevue avec M. d’Artagnan, le héros de Dumas et non le personnage historique (si vous ne comprenez pas, lisez la suite).

Pour aller plus loin : Capitaine d’Artagnan est sur Youtube !

Pourquoi ce blog ?

Et surtout, pourquoi avoir choisi ce sujet là précisément ?

Parce que je suis une fan inconditionnelle d’Alexandre Dumas et de ses oeuvres. J’ai donc proposé de travailler sur Les trois Mousquetaires pour les TPE (Travaux Pratiques Encadrés) que je vais devoir passer cette année.

Mon sujet est le suivant : représentation de la réalité historique dans les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas et voici ma problématique : En quoi Alexandre Dumas a-t-il sa propre représentation de l’histoire de France dans les Trois Mousquetaires ?

Voici les différents chapitres de mon argumentation :

  1. Pourquoi ce blog ?
  2. Pour commencer…
  3. Dumas se renseigne
  4. Quand Dumas travaille…
  5. L’Histoire dans le roman
  6. Milady & Co.
  7. C’est (presque) fini !
  8. BDs, films, parodies…
  9. La suite ! La suite !
  10. Mon index bibliographique

Le saviez-vous ?

D’Artagnan, notre cher Gascon national, apparaît dans Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand !
Si, si, dans l’acte I, scène 4. Cyrano vient de finir son duel avec le vicomte de Valvert (le fameux « à la fin de l’envoi, je touche ! »), la foule l’acclame et lui témoigne son admiration :

Un mousquetaire, s’avançant vivement vers Cyrano, la main tendue.
Monsieur, voulez-vous me permettre ?…
C’est tout à fait très bien, et je crois m’y connaître ;
J’ai du reste exprimé ma joie en trépignant !…
Il s’éloigne.

Cyrano, à Cuigy.
Comment s’appelle donc ce monsieur ?

Cuigy
D’Artagnan.

Pour commencer…

Quel peut bien être le genre littéraire des Trois Mousquetaires ?

Au début du XIXe siècle, en plein dans le Romantisme, un nouveau genre de roman apparaît : le Cape et d’épée. Il combine plusieurs genres déjà existants :

  • le roman historique : le récit se situe principalement au XVI-XVIIe siècle en France, du règne d’Henri IV à celui de Louis XIV. C’est l’époque des duels interdits par Richelieu. Le règne de Louis XIII était pour Dumas la dernière époque de liberté et d’aventure avant la monarchie absolue.
  • le roman populaire : le principal moyen de diffusion de ce genre est le journal, plus précisément le roman-feuilleton. Il permet de  toucher un large public, séduit par des  personnages et des situations riches en rebondissement. Les gens veulent se reconnaître dans le récit. C’est pourquoi le quotidien des mousquetaires rappelle celui de la bohème romantique du XIXe siècle.
  • le roman d’aventure : ce genre est évident puisque le duel à l’épée est le nerf du récit. L’action est le moteur de l’histoire. Les dangers, courses-poursuites, batailles, multiples péripéties sont le sel de ce genre de roman.

En bref, Les trois Mousquetaires est un mélange de ces trois genres : historique, populaire et d’aventure. Il devient évident voire nécessaire pour Dumas de faire rêver le lecteur, surtout s’il veut qu’il continue à lire sa « série sur papier ».
C’est là que ma problématique va apparaître. Dumas va devoir retravailler l’histoire de France pour faire ressortir un roman de cape et d’épée. Ses recherches et son travail seront donc mes prochains sujets…

Le saviez-vous ?

Les Trois Mousquetaires est d’abord paru en feuilleton dans le journal Le Siècle du 14 mars au 14 juillet 1844. Fort d’un succès public, il a été publié en roman la même année chez Baudry. Le roman ayant été plus que plébiscité, Dumas eut l’idée d’écrire, quelques années plus tard, deux suites intitulées Vingt ans après et Le Vicomte de Bragelonne.
Les bandes dessinées telles que Gaston Lagaffe, Astérix et Obélix, Lucky Luke… ont aussi dû passer par le journal avant d’avoir leurs propres albums. La folie des suites, trilogies et autres sagas rappelle fortement le système des studios Disney.

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Dumas se renseigne…

Vous avez d’ailleurs dû lire la fameuse préface qui ouvre les Trois Mousquetaires :
« Il y a un an à peu près [1843], qu’en faisant à la Bibliothèque royale des recherches pour mon histoire de Louis XIV, je tombai par hasard sur les Mémoires de M. d’Artagnan (…) »

Ne cherchez plus, la principale source d’inspiration du célèbre roman de Dumas vient d’être citée ! Les Mémoires de M. d’Artagnan, comme son nom l’indique, retrace l’histoire de notre célèbre héros. Sauf qu’il a été écrit par un autre que lui : Gatien de Courtilz de Sandras lui dédie cette biographie en 1700, soit 27 ans après la mort de l’intéressé. Bien sûr, après autant de temps, il était évident que ces mémoires allaient être fortement romancées. Dumas partait donc déjà sur un sujet mêlant histoire et fiction. Un autre roman de Sandras va également être utilisé : Mémoires de Monsieur le comte de Rochefort (1644) qui sont entièrement fictives. Dumas va en tirer le célèbre adversaire de d’Artagnan.

Malgré tout, Alexandre n’oublie pas de réviser son histoire et ses classiques avec son collaborateur Auguste Maquet, lui-même professeur d’histoire. Faisant des recherches sur d’Artagnan, il le voit apparaître dans les écrits, les mémoires, les lettres de Mlle de Montpensier, de M. de Saint-Simon, de Mme de Sévigné… sans oublier la fameuse arrestation de Fouquet par le Gascon.

Toutefois, le « roman » de Courtilz fournit à lui seul une grande majorité de personnages réels ou fictifs pour les Trois Mousquetaires : d’Artagnan, Athos, Porthos, Aramis, Rochefort, Milady, etc.

Le saviez-vous ?

D’Artagnan a vraiment existé !
Le vrai se nomme Charles de Batz-Castelmore par son père, comte d’Artagnan par sa mère. Il est né à Lupiac, en Gascogne, entre 1611 et 1615.
Il n’aurait pas pu faire le siège de la Rochelle, il n’aurait eu que 13 ans à l’époque !
Il monte à Paris en 1630 et emprunte le nom de sa mère, d’Artagnan, car cette branche est mieux introduite à la Cour. Il s’engage chez les cadets des Gardes-Françaises puis est affecté à la Compagnie des Essarts des gardes françaises à Fontainebleau.
Son entrée chez les mousquetaires par Mazarin ne se fera qu’en 1644, en même temps que son ami François de Montlezun de Besmaux, futur gouverneur de la Bastille (qui apparaît dans le Vicomte de Bragelonne). En 1667, il devient capitaine-lieutenant des mousquetaires sous Louis XIV. D’Artagnan meurt, comme maréchal de camp, au siège de Maastricht en 1673.

Il existe même encore aujourd’hui un descendant de notre héros gascon ! Aymeri de Montesquiou d’Artagnan, sénateur du Gers, est fier de sa filiation directe avec le cousin de Charles, Pierre de Montesquiou (1640-1725), également mousquetaire.

Impressionnant, n’est-ce pas ? Athos, Porthos et Aramis ont également existé mais leur biographie se révèle moins complète que celle de d’Artagnan.

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Quand Dumas travaille…

…il ne fait rien à moitié ! Outre toutes les recherches décrites dans le post précédent, il est aidé par son ami et collaborateur, Auguste Maquet.

Celui-ci lui amène les faits, personnages, événements historiques et lui propose des épisodes. Puis Dumas les met en bouquet, les pimente, les assaisonne, bref, les romance. Comme le dit  Henri Troyat dans Alexandre Dumas, le cinquième mousquetaire : « Ces phrases, qui s’enchaînent si bien, sont de lui [Dumas], et cependant il est souvent redevable à un comparse de l’idée qui les inspire. Comme toujours, il privilégie le travail d’équipe. Qu’on lui apporte de l’extérieur le thème central, les détails topographiques et historiques, une chronologie succincte, et il se chargera de nouer en un bouquet aux couleurs inimitables. »

Alors, évidemment, libre à lui de modifier telle ou telle chose : il est le maître de son récit. Toutefois, il s’impose quelques règles : veiller à respecter un minimum les lieux, les événements et les moeurs du XVIIe siècle. Voilà aussi une des raisons de l’incroyable succès de la saga, c’est la sensation d’être à la fois en dehors et en dedans de l’Histoire. Dumas se considère comme historien dans le sens large du terme. Je vais citer une nouvelle fois Henri Troyat : « En fait, ce qui distingue Dumas de l’historien qu’il prétend être, c’est la liberté même qu’il adopte vis-à-vis de l’histoire. Il la refait à sa façon, tout en respectant les grandes lignes tracées par les érudits professionnels. »

Les « érudits » dont Henri Troyat parle pourraient certainement être les (vrais) historiens de l’époque. Dans sa préface, Dumas fait référence à Louis Pierre Anquetil qui a écrit une Histoire de France en 1825 :« Ils [les lecteurs] n’y [le roman de Courtilz] reconnaîtront pas moins, aussi ressemblantes que dans l’histoire de M. Anquetil, les images de Louis XIII, d’Anne d’Autriche, de Richelieu, de Mazarin et de la plupart des courtisans de l’époque. »

Un autre grand historien, Jules Michelet, dont Alexandre Dumas est fan, l’a aussi inspiré. Toutefois, la définition de l’histoire par Michelet est aujourd’hui très controversée. Ayant été au service de Louis-Philippe, il était reconnu officiellementpour écrire des âneries ! Michelet n’était pas rigoureux ni très objectif dans ses écrits. C’est d’ailleurs lui qui a véhiculé l’idée fausse d’une Bastille sale, puante, aux multiples tortures dans Histoire de la Révolution Française. On peut difficilement reprocher à Dumas d’admirer son homonyme du récit fictionnel !

Après que Dumas s’est appuyé sur des bases historiques « solides », il va pouvoir passer à la fiction ! On avait vu précédemment que le « vrai » d’Artagnan n’aurait pas pu faire le siège de la Rochelle, Dumas va donc avancer l’action de 15 ans. Magique, tout concorde mais la réalité historique commence à s’atrophier. Le « remodelage » continue avec l’opposition psychologique Louis XIII/Richelieu ainsi qu’avec la liaison entre Anne d’Autriche et le duc de Buckingham. Oh, c’est faux ? Quel dommage ! C’est justement pour cela que Dumas l’a inséré, pour faire vibrer le lecteur. L’histoire perdrait de son charme sinon !

Bêtisier

L’erreur est humaine, Dumas n’y coupe pas !
Premièrement, il pratique l’anachronisme (volontaire ou non, on ne le sait pas). Les mousquetaires habitent dans des rues indiquées et des maisons numérotées. C’est tout bonnement impossible, les plaques avec les noms des rues apparaissent à partir de 1728 et les numéros, sous Napoléon !
Deuxièmement, la chronologie ne semble pas l’intéresser ! Si vous prenez la peine de lire le roman, vous verrez que la notion du temps chez Dumas est très aléatoire. Par exemple, si l’action se passe un jeudi, « le lendemain » n’est pas forcément un vendredi ! On peut rapporter tout cela aux années, aux dates historiques, aux âges des personnages, etc.
Ma liste n’est pas exhaustive, il y a bien sûr d’autres erreurs chez Dumas mais l’explication voire l’excuse à toutes ces « bourdes » est simple : le roman-feuilleton. Alexandre Dumas envoie au journal (Le Siècle) un chapitre chaque semaine et ne travaille pas seul, les incohérences deviennent légion.

Le saviez-vous ?

Athos, Porthos, Aramis et plus tard d’Artagnan sont des mousquetaires gris, couleur dûe à la robe des chevaux qu’ils montaient.

Henri IV mit en place une compagnie de gentilshommes armés de carabines. Puis, Louis XIII remplaça ces armes par des mousquets, fusils à canon long, pour créer la première compagnie de mousquetaires (utilisateurs du mousquet) en 1622. Elle fut dissoute par Mazarin en 1646 puis reconstituée par Louis XIV en 1657. Elle fut désormais connue sous le nom de « mousquetaires gris » (chevaux gris). Une deuxième compagnie créée en 1663 devint celle des « mousquetaires noirs » (chevaux noirs). Composées chacune de 250 nobles, elles suivaient le roi à l’armée et logeaient à ses côtés.

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L’Histoire dans le roman

Le principal événement historique autour duquel se tisse la trame du roman de Dumas est le siège de la Rochelle.

Un petit résumé ne fait jamais de mal :
Le gouvernement de Louis XIII décide de rétablir le culte catholique en Navarre et de restituer ses biens au clergé. Une expédition militaire est envoyée, réveillant un sentiment de révolte chez les protestants. L’évènement marquant de cette guerre de religions en est le siège de la Rochelle. Richelieu assiège la ville huguenote en l’isolant d’abord côté terre puis côté océan avec une digue longue de 1,5 km. Les Anglais ne peuvent plus ravitailler la ville. La Rochelle tombe donc en automne 1628. La paix d’Alès est signée quelques mois plus tard. Même si elle maintient l’édit de Nantes (1589), les protestants n’ont plus de privilèges politico-militaires.

Voici ce que l’Histoire raconte mais Dumas, lui, a inventé une raison pour cette fameuse prise de la Rochelle. Il l’explique lui-même dans son roman, chapitre XLI intitulé « Le siège de la Rochelle » :
« Le siège de la Rochelle fut un des grands événements politiques du règne de Louis XIII, et une des grandes entreprises militaires du cardinal. […]

La Rochelle, qui avait pris une nouvelle importance de la ruine des autres villes calvinistes, était donc le foyer des dissensions et des ambitions. Il y avait plus, son port était la dernière porte ouverte aux Anglais dans le royaume de France ; et en la fermant à l’Angleterre, notre éternelle ennemie, le cardinal achevait l’oeuvre de Jeanne d’Arc et du duc de Guise. […]
Mais nous l’avons dit, à côté de ces vues du ministre niveleur et simplificateur, et qui appartiennent à l’histoire, le chroniqueur est bien forcé de reconnaître les petites visées de l’homme amoureux et du rival jaloux.
Richelieu, comme chacun sait, avait été amoureux de la reine ; cet amour avait-il chez lui un simple but politique ou était-ce tout naturellement une de ces profondes passions comme en inspira Anne d’Autriche à ceux qui l’entouraient, c’est ce que nous ne saurions dire. […]
Il s’agissait donc pour Richelieu, non seulement de débarrasser la France d’un ennemi, mais de se venger d’un rival ; […] Richelieu savait qu’en combattant l’Angleterre il triomphait de Buckingham, enfin qu’en humiliant l’Angleterre aux yeux de l’Europe il humiliait Buckingham aux yeux de la reine. […]
Il en résulte que le véritable enjeu de cette partie, que les deux plus puissants royaumes jouaient pour le bon plaisir de deux hommes amoureux, était un simple regard d’Anne d’Autriche. »

Dumas l’avoue lui-même, la raison militaire de l’expédition appartient à l’Histoire. La suite de son argumentation n’est que fiction. Mais avouez que c’est beaucoup plus croustillant ! Faire la guerre pour une femme, cela ne vous rappelle-t-il rien ?

La situation nous ramène aux principes de chevalerie, Anne d’Autriche étant la Dame des pensées de Richelieu et Buckingham. Le tout est aussi théâtralisé que les histoires d’amour de tragédie. Les protagonistes deviennent des héros romantiques, victimes d’un amour impossible.

Le saviez-vous ?

Un autre évènement historique a été inséré par Dumas : l’assassinat du duc de Buckingham.
George Villiers, duc de Buckingham, est assassiné à Portsmouth le 23 août 1628 par un officier protestant, John Felton, alors qu’il comptait envoyer une seconde expédition à la Rochelle.
C’est ce que l’Histoire et également Dumas racontent. Sauf que notre auteur ne s’arrête pas là, il va plus loin en écrivant que c’est Milady qui a poussé Felton au crime.

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Milady & Co.

Que serait le roman sans ses personnages ?

Ils ont tous leur mot à dire. Grâce à Dumas, ils reflètent une idée, un sentiment, un principe romantique ou les travers de la société (sûrement celle du XIXe siècle). Toutefois, il serait intéressant de différencier l’Histoire et la fiction dans le portrait de chacun d’entre eux.

Commençons d’abord par les personnages historiques et l’idée qu’ils représentent :

  • D’Artagnan (le courage) : la biographie de notre héros a été changée pour qu’il puisse participer à l’aventure de la Rochelle (voir « Dumas se renseigne »). Dumas en a fait le plus jeune de nos quatre héros, le plus vif, le plus fougueux et également le plus naïf.
  • Athos (la sagesse) : le vrai personnage étant fade, Dumas lui a offert un titre de noblesse fictif (le comte de la Fère), un passé avec Milady et un penchant pour la bouteille. Il est le plus âgé de ses quatre compagnons, leur prodiguant des conseils précieux. Il a un rapport paternaliste avec d’Artagnan.
  • Aramis (la dissimulation/l’hypocrisie) : cet élégant mousquetaire a un caractère très controversé. Il ressemble fort au Tartuffe de Molière, naviguant entre la religion et les femmes. Il a l’esprit le plus réservé de la bande, aucun de ses compagnons ne savent vraiment ce qu’il pense. Dumas, comme pour Athos, lui a donné un titre (le Chevalier d’Herblay).
  • Porthos (la force) : il est décrit comme un colosse, Dumas lui attribue également un titre (baron du Vallon). Son cerveau n’étant pas énormément utilisé, c’est sa puissance qui inspire le respect. Il est le moins connu de la troupe puisque tout lui réussit dans sa vie privée.
  • Richelieu (le manipulateur) : d’après Dumas, le cardinal est un homme secret pour qui « la fin justifie les moyens ». Il pose ses cartes (Milady et Rochefort) sans jamais se salir les mains. Son but n’est pas d’humilier le roi mais plutôt, comme je l’ai dit dans le billet précédent (« L’Histoire dans le roman »), d’éloigner Buckingham de la reine. Il a un ascendant énorme sur Louis XIII et même, le surpasse en force de caractère (fictivement bien sûr).
  • Anne d’Autriche (la Dame d’amour) : la reine fait battre les coeurs, ce qui provoque des conflits sans précédent. On peut quasiment dire que le récit ne serait rien sans elle, ses ferrets et le siège de la Rochelle pour ses beaux yeux (voir « L’Histoire dans le roman »). La « vraie » reine avait repoussé tout type d’avance de la part de Buckingham et ne se  fourvoyait pas dans de pareilles galères.
  • le Duc de Buckingham (l’amoureux transi) : George Villiers est une victime de l‘amour impossible qu’il porte à la reine. Dumas le décrit comme un personnage romantique, galant et sensible alors que le « vrai » Buckingham ne possédait pas ces qualités. Au contraire, il était haï par beaucoup, en France comme dans sa patrie.
  • M. de Tréville (le patriarche) : sa biographie, comme celle de d’Artagnan, a été remodelée par Dumas. Etant capitaine des mousquetaires, il décide pour eux de leurs missions. Il n’hésite pas à les gronder mais aussi à les féliciter, tel un père avec ses enfants.
  • Louis XIII (le mari jaloux) : voilà un personnage digne du théâtre comique ! Dumas a donné à Louis XIII les pires défauts : faible, sans envergure, dégoûté des femmes et surtout jaloux. L’auteur fait exprès de le rendre insipide et méprisable afin que l’infidélité de la reine paraisse évidente et justifiée. Le roi des manuels d’Histoire n’est pas du tout comme cela, fort heureusement !
  • Mme de Chevreuse (l’intrigante) : même si elle n’a pas la parole dans le roman, la duchesse est partout ! Maîtresse adorée d’Aramis, meilleure amie de la reine, elle aide les mousquetaires dans leurs aventures. La duchesse de Chevreuse était réellement une proche de la reine et une sacrée coquine, Dumas n’a pas eu besoin de modifier grand chose !
  • John Felton (l’assassin/la victime) : ce pauvre protestant est à la fois la victime de Milady et l’assassin de Buckingham. Dumas nous fait ressentir de la pitié pour lui plus que de la colère. Le personnage historique est quasiment inconnu.

Nous allons maintenant pouvoir passer aux personnages entièrement fictifs (majoritairement tirés des Mémoires de M. d’Artagnan de Gatien de Courtilz de Sandras) et pourquoi Alexandre Dumas les a utilisés :

  • M. et Mme Bonacieux (le couple bourgeois) : ce sont des personnages tout droit sortis du théâtre. Le vieux mari et sa jolie jeune femme, qui ont des idées politiques différentes, ne s’aiment ni l’un ni l’autre. Constance Bonacieux a un rôle important puisqu’elle est à la fois la maîtresse de d’Artagnan, la confidente de la reine et la victime de Milady. Son mari n’est qu’un délateur cardinaliste faible et opportuniste qui précipite la chute de sa femme.
  • Milady de Winter (la femme fatale) : voici le stéréotype de Dumas sur la séductrice : belle, blonde, bien faite et immorale. Elle est le pire cauchemar des mousquetaires. Milady est un obstacle à chacune de leurs aventures et n’hésite pas à (faire) tuer Constance et Buckingham. Malgré tout, les quatre compères ne font pas dans la dentelle quand ils la croisent : Athos essaie de la pendre mais échoue et d’Artagnan la viole deux fois. A la fin du récit, ils se mettent à six, avec Lord de Winter et le bourreau de Lille, pour la faire décapiter.
  • le Comte de Rochefort (l’âme damnée) : le personnage est tiré, non pas des Mémoires de M. D’Artagnan mais des Mémoires de M. le Comte de Rochefort (voir « Dumas se renseigne »). Il devient, avec Milady, l’homme à abattre. Avec son profil atypique (la cicatrice sur la joue) et sa discrétion, il est le parfait bras droit de Richelieu qui lui confie des missions secrètes. A la fin du récit, il se range du côté de D’Artagnan.
  • Lord de Winter (l’adjuvant) : frère du mari de Milady, il découvre grâce aux mousquetaires le véritable caractère de sa belle-soeur. Il va mettre tout en oeuvre pour les aider outre-Manche en emprisonnant Milady et en prévenant Buckingham. Il est l‘un des six juges de cette femme.
  • Planchet, Mousqueton, Bazin, Grimaud et Ketty (les valets et la soubrette) : ils peuvent paraître insignifiants à première vue alors qu’ils rajoutent de la profondeur au récit : avoir un valet est un symbole de richesse à l’époque. De plus, les valets de Dumas ressemblent psychologiquement à leur maître respectif : Planchet (D’Artagnan) est fiable, Mousqueton (Porthos) est attiré par le luxe, Bazin (Aramis) est plus religieux que son maître et Grimaud (Athos) est aussi silencieux que le sien. Par contre, Ketty, la soubrette de Milady, est l’opposée de sa maîtresse : elle aime d’Artagnan d’un amour véritable et n’hésite pas à lui révéler les desseins sordides de la comtesse.

Sans le remaniement de l’Histoire et une part de fiction rajoutée par Dumas, le roman n’aurait plus autant d’attrait. Le principal motif de l’auteur est de gagner de l’argent : s’il fait rêver le lecteur, celui-ci achète le journal ou le livre. Donc un peu d’imaginaire et de « fariboles historiques » ne font pas de mal, au contraire, on peut dire que c’est payant !

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C’est (presque) fini !

Mais pas encore tout à fait ! Ce billet va me permettre de faire une conclusion et d’ouvrir sur le sujet suivant : les adaptations du roman.

En quoi Alexandre Dumas a-t-il sa propre représentation de la réalité historique ?

  1. Il décide de faire un roman de cape et d’épée, regroupant le genre historique et populaire entre autres. Deux genres quasiment antagonistes que Dumas va devoir faire cohabiter :l’Histoire de France et l’imaginaire romanesque.
  2. Il choisit lui-même ses sources historiques, qui sont pour la plupart déjà fortement romancées (les Mémoires de M.d’Artagnan, Jules Michelet…).
  3. Il travaille avec un professeur d’histoire, Auguste Maquet, mais se permet de modifier ce que celui-ci lui apporte.
  4. Dumas intègre le siège de la Rochelle et l’assassinat de Buckingham en respectant les dates et la majorité des événements. Il invente cependant des raisons cachées ou fait participer ses personnages (Anne d’Autriche, Milady…).
  5. Dumas s’est permis de remodeler la biographie de chacune de ses figures historiques et de leur faire rencontrer d’autres personnages, sortis de son imagination ou empruntés à Courtilz de Sandras.

Alexandre Dumas ne s’est pas amusé sans raison à faire des modifications de ce genre. Il était indirectement forcé de procéder de cette manière.

Comme je l’ai dit dans « Pour commencer », les Trois Mousquetaires est d’abord sorti en roman-feuilleton, obligeant l’écrivain à répondre aux attentes de son lectorat :

  • Dumas doit envoyer un chapitre par semaine. Celui-ci doit forcément finir en suspens et alterner tragique/comique d’un écrit à l’autre.
  • Le lecteur a besoin de se reconnaître un minimum dans les personnages. Donc exit la mythologie, le lyrisme démesuré et les cours d’histoire copié/collés !
  • Régulièrement, l’auteur doit rappeler à ses lecteurs ce qui s’est passé précédemment. Alors évidemment, les erreurs de dates, d’âges, etc. se font fréquentes (voir « Quand Dumas travaille… »).

Les  moeurs d’un lecteur du XIXe siècle ne sont pas les mêmes que ceux du XVIIe siècle. Pour arriver à remplir le deuxième critère, Dumas va devoir adapter l’Histoire de France à son récit.
L’Histoire de France dans Les Trois Mousquetaires est une adaptation des événements du XVIIe siècle pour le lectorat du XIXe.
Ce qui va m’amener à mon sujet suivant : les adaptations modernes de ce roman d’Alexandre Dumas.

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BDs, films, parodies…

Le saviez-vous ?

Les trois Mousquetaires est le roman de cet auteur le plus traduit, le plus lu et le plus adapté au monde !

Alors, évidemment, ce que je vais vous montrer n’est qu’une sélection. Ce sont les adaptations que je considère les plus réussies et que je me permets de critiquer.

En bande dessinée :

Cette série de quatre tomes a été conçue par Jean David Morvan, Michel Dufranne (scénario) et Rubén (dessin) de 2007 à 2010 et imprimée aux éditions Delcourt dans le collection Ex-Libris.
L’histoire raconte les aventures de d’Artagnan, jeune Gascon de 18 ans, qui décide de monter à Paris pour devenir mousquetaire du Roi.


(In)fidélité : très peu de remarques à faire. Les erreurs commises sont minimes et justifiées (l’armoire de Milady, le refuge chez Aramis, la brusquerie de Tréville, le costume de De Wardes, etc.). Les auteurs ont conservé les dialogues, les personnalités et même  les descriptions originaux. Ils ont  toutefois modifié quelques lieux et situations secondaires. Tout en respectant l’oeuvre, ils utilisent l’analepse (flashback) pour rendre le récit moins touffu, plus spontané. Passer du roman à la bande dessinée, c’est devoir passer du descriptif au visuel.
Mon avis : je trouve ces bandes dessinées prenantes, drôles, extrêmement fidèles, modernes aussi. Paraissant enfantins au premier abord, les dessins rappellent le manga, avec des tracés énergiques et précis. Les puristes comme moi ne vont pas être déçus, Alexandre Dumas a été entièrement respecté. C’est un très bel hommage de la part de ces trois auteurs ! Bravo !

En film :

Je ne vais décrire que deux films parmi les centaines d’adaptations qui existent.
Ces deux films de 1974, intitulés « Les Trois Mousquetaires » et « Le retour de Milady« , font partie de la trilogie de Richard Lester (Superman II et III).
Ils réunissent une pléiade d’acteurs célèbres : Oliver Reed (Gladiator), Richard Chamberlain (Les oiseaux se cachent pour mourir), Frank Finlay (le Pianiste), Christopher Lee (Le Seigneur des anneaux), Faye Dunaway (Bonnie and Clyde), Charlton Heston (Ben Hur), etc.
D’Artagnan, jeune homme tout juste sorti de sa Gascogne, se rend à Paris pour devenir mousquetaire. Il se lie d’amitié avec Athos, Porthos et Aramis, les trois mousquetaires, à la suite d’une bataille contre les gardes du Cardinal.
(In)fidélité : cette trilogie est l’adaptation cinématographique la plus fidèle de tous les temps. Cela ne veut pas dire qu’elle est parfaite, bien au contraire ! Les principaux défauts sont dus aux clichés hollywoodiens (d’Artagnan est analphabète, les prisons sont sordides, les bourgeois deviennent des miséreux…) et à la suppression de certains personnages (Mme de Chevreuse, de Wardes, Lord de Winter, les valets sauf Planchet…). Si vous (re)lisez « Milady & Co. », vous verrez que cela perturbe quelques événements-clé. Malgré tout, les personnalités et certains épisodes (le vin d’Anjou, le blanc-seing, Felton…) sont fidèlement respectés.
Mon avis : même si le film a un peu vieilli, quel plaisir de le regarder ! Les décors et les costumes sont magnifiques, les scènes de combat, nombreuses et réalistes. L’humour est omniprésent avec quelques clins d’oeil (le sous-marin, les jeux d’époque, la botte de Porthos, technique pour manger). Superbement mis en musique par Lalo Schifrin (Mission Impossible, Starky et Hutch, L’inspecteur Harry), vous serez conquis par ces charmants mousquetaires. « Tous pour un, un pour tous ! »

En dessin animé :

Quand j’étais petite, je regardais « Albert, le cinquième mousquetaire« . C’est une série animée parodique franco-canadienne de 1993, divisée en 26 épisodes de 26 minutes. Roland Giraud prête sa voix à Albert et Gérard Hernandez, à d’Artagnan.
Alexandre Dumas s’est trompé : d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis n’étaient pas seuls. Ils avaient avec eux, Albert de Parmagnan, oublié à cause de sa petite taille. Sans lui, ils n’auraient jamais pu combattre un seul garde du Cardinal.
(In)fidélité : difficile de juger une parodie sur sa fidélité à l’oeuvre.  Toutefois, celle-ci nous fait régulièrement des clins d’oeil au texte original (le siège du Faisan doré = le siège de la Rochelle). La plus grande qualité de chaque personnage devient son énorme défaut : Athos est sénile, d’Artagnan est stupide, etc. On retrouve, outre les quatres mousquetaires, des personnages connus : Louis XIII, en petit mari aimant, Anne d’Autriche, en jolie femme fidèle, Richelieu et Milady, en conspirateurs machiavéliques, Buckingham, en homme rendu gâteux par l’amour et M. de Tréville, en capitaine (très) lent à la détente.
Mon avis : ce dessin animé est frais, mignon, léger et très amusant. Certes un peu naïf sur les bords (c’est destiné aux enfants à la base), on reste quand même subjugué par ces mousquetaires imbéciles et maladroits. La musique du générique risque d’ailleurs de vous rester dans la tête pendant un petit moment ! Hourra pour Albert !

Le top du flop

Comme Alexandre Dumas et ses oeuvres sont maintenant dans le domaine public, plus personne ne se soucie de la fidélité à l’auteur. Et malheureusement, ça se voit ! Beaucoup de films osent écrire « d’après/inspiré des Trois Mousquetaires » alors que leur scénario n’a plus rien à voir.
J’ai ici deux exemples qui ont dû faire retourner notre auteur dans sa tombe !

D’Artagnan (2001), film de Peter Hyams :

En 1625, Richelieu cherche à prendre le trône de France. Avec son homme de main, Fèbre, il remplace les mousquetaires par des gardes rouges. D’Artagnan, aidé par les trois mousquetaires et son meilleur ami Planchet, met tout en oeuvre pour sauver la Reine et la France de ce complot diabolique.
Difficile de faire une plus grossière adaptation de ce roman enchanteur ! Les scènes de combats sont surfaites, les dialogues sont niais, les acteurs, sans talent et les clichés, nombreux.

Mickey, Donald et Dingo : les trois Mousquetaires (2004) :

Mickey, Donald et Dingo sont de modestes serviteurs rêvant de devenir mousquetaires. Le jour où leur rêve se réalise, ils sont entraînés malgré eux dans un complot visant à débarrasser le royaume de sa princesse.
Instruire les enfants sur la littérature et la musique classiques, c’est depuis longtemps  le but très louable des studios Disney. Malheureusement, ce principe n’a pas fonctionné pour ce film. Outre le plaisir de retrouver Mickey et ses amis dans un long-métrage, on est tout simplement exaspéré par les chansons dégoulinantes de bons sentiments et l’absence totale de points communs avec l’oeuvre de Dumas. Même si ce dessin animé plaît aux jeunes enfants, je ne le recommande pas pour leur instruction classique.

Le saviez-vous ?

Alexandre Dumas a adapté lui-même son roman : une pièce de théâtre intitulée La jeunesse des mousquetaires (1849).

J’ai ici un extrait du Magazine Littéraire n°494 qui conclut parfaitement cet article : « Le cinéma paraît d’emblée s’être reconnu dans la saga de l’écrivain, qui fut adapté dès 1898. Les Trois Mousquetaires le seront plus de cent fois, incarnant souvent une fantaisie fondatrice. A l’écran, les mousquetaires sont des parodies du livre et de ses adaptations : autant d’enfants faits dans le dos de l’écrivain, ainsi que lui-même procédait avec l’Histoire. »

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Published in: on 29 novembre 2010 at 14:14  Comments (1)  
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